L'apprentissage Coopératif

 

Que ce soit dans le domaine du travail ou dans celui des loisirs, toute activité de groupe est confrontée à la différence d'investissement entre les membres de l'équipe. Certains, par laisser aller ou timidité, ne vont apporter aucune contribution à la tache alors que d'autres vont tout prendre en charge, gênant ou empêchant l'expression de chacun.

Dans un groupe coopératif, les activités proposées sont conçues de façon telle que la participation de chaque personne soit nécessaire pour atteindre l'objectif visé. La pratique coopérative est fondée sur l'interdépendance positive, en définissant les rôles et les responsabilités de chacun. Elle demande aux participants la maîtrise de compétences sociales nécessaires à la vie de groupe : écoute active, communication non violente, respect, solidarité et capacité de gestion des conflits. Elle nécessite également de prendre le temps de l'évaluation, en termes d'efficacité, de respect des objectifs et de correctifs éventuels à apporter.

L'apprentissage coopératif est une approche interactive de l'organisation. Dans le groupe, nécessairement restreint, les individus de capacités et de talents différents ont chacun une tache précise et travaillent ensemble pour atteindre le même but. la coopération développe dans le groupe des rapports de confiance, de solidarité et de convivialité. C'est un facteur de socialisation. La coopération, c'est tout autant l'objectif que le moyen d'y parvenir.

Du jeu coopératif aux pratiques coopératives


par Brigitte CASSETTE

Animatrice et formatrice en jeux coopératifs depuis plusieurs années, j'insiste souvent à la fois sur le potentiel énorme de cet outil et, en même temps sur ses limites lorsqu'il n'y a pas accord entre pratiques et outils. Mes interventions essayent donc de dépasser l'outil en lui-même pour montrer jusqu'où peut aller le niveau de travail avec le groupe.

Au départ, une kermesse coopérative
Grâce au dynamisme d'une association gérant plusieurs centres de Loisirs sur l'Aveyron, nous avons pu
mettre au point une kermesse ayant pour thème la "coopération". Chaque groupe d'enfants passait de stand en stand et réalisait sur chaque lieu une épreuve, dont ils sortaient tous gagnants ou perdants.
Le jeu du verger, par exemple, qui existe en jeu de table, se trouvait réalisé grandeur nature avec des gros fruits pendus aux arbres et de vrais paniers en osier pour les cueillir. Chaque équipe gagnait donc au fur et à mesure des indices qui permettaient, en les mettant tous ensemble de trouver la cachette d'un trésor.

On est les meilleurs!
Ce fut la première occasion pour moi de voir que l'outil ne fart pas la pratique, pas plus que l'habit ne fait le moine ! Un animateur réalisait l'itinéraire avec son groupe tout en les haranguant tel un entraîneur d'équipe de foot : " On va y arriver parce qu'on est les... " et les enfants en chœur criaient : " Meilleurs !Visiblement, l'utilisation de jeux coopératifs ne remettait pas en cause l'esprit compétitif. J'ai réalisé plus tard que le jeu coopératif avait un potentiel énorme à condition d'être prêt à la coopération. C'est pour cette raison qu'ensuite j'ai mis au point des animations à partir des jeux coopératifs qui me permettent de poser la question des pratiques dans le groupe. C'est le cas du jeu des corsaires, par exemple.

Le jeu des corsaires
Bâti sur le modèle d'un jeu coopératif de table du même nom, l'animation reproduit le plateau de jeu, représentant un circuit en mer, en grande taille dans une salle. Les participants vont remplacer les pions et se mouvoir sur le plan de jeu : naufragés, seuls sur un radeau, ils essayent de regagner une île amie, en évitant deux corsaires (deux chaises munies d'un drapeau corsaire). C'est 'un jeu de stratégie qui se joue avec deux dés : le joueur doit attribuer un dé à un corsaire et un dé à un des radeaux. Il faut réfléchir et choisir une stratégie à chaque coup. Très rapidement le groupe reproduit des schémas assez traditionnels dans les relations, sur un air de coopération :
* Un joueur, parfois deux, plus vifs, vont dire aux autres comment ils doivent jouer, organiser tous les déplacements, réfléchir à la place du groupe.
* Quelques joueurs vont attendre qu'on leur dise sans se révolter aucunement : " On est là pour gagner et eux ont l'air de s'y connaître, alors..."
* Quelques joueurs vont se révolter ouvertement : "Mais tais-toi, laisse-moi réfléchir", ou en jouant systématiquement autre chose que ce qui leur est vivement conseillé.
* Quelques joueurs vont choisir des alternatives originales pour montrer leur indépendance : exemple, refaire un tour alors qu'il est arrivé ou prendre des risques inutiles, etc.

Du jeu coopératif aux pratiques de coopération
Dans le jeu, il y a probablement coopération si on réfléchit par opposition à la compétition, mais cette coopération n'est pas automatiquement saine. Le premier temps va être de faire prendre conscience du schéma de relations dans le groupe. Chaque joueur essaye de voir comment il s'est comporté dans le jeu, dans quel rôle. Je propose plusieurs comportements-type : le roi, le vassal, l'opposant au roi et le fou du roi (cela reprend les 4 comportements décrits pour le jeu du corsaire). Discussion : Pourquoi ces comportements? Comment faire autrement? Quelles règles à établir pour que chaque personne soit actrice dans la coopération? Voici, par exemple, des règles qui ontété proposées dans un groupe :
* Quand une personne joue, les autres se taisent ; elle réfléchit et dit ce quelle pense faire
* Les autres lui proposent d'autres façons de faire en expliquant pourquoi.
* La personne qui joue fait le choix final, qui n'est pas discuté pour l'instant, mais pourra l'être en fin de jeu.
* Si une personne ne sait pas quoi jouer, elle peut demander à quelqu'un de jouer à sa place par deux fois au cours du jeu (deux jokers).

La coopération dans le groupe...
Pour structurer un groupe dans un esprit coopératif, il faudra chercher les compétences de chaque personne (sans exception!) et confier des responsabilités en fonction de ces compétences. Chaque personne doit avoir une responsabilité pour être actrice et coopérer. Elle peut alors reconnaître les réussites du groupe comme étant aussi les siennes. Résoudre les conflits peut aussi se faire dans un esprit coopératif, de la même façon que le groupe a mis des règles pour coopérer efficacement dans le jeu, on pourra aussi choisir des règles pour que, lors d'un conflit, il y ait coopération pour trouver une solution où tout le monde soit véritablement gagnant.
Pour développer la coopération dans tout son potentiel, il faut remettre aussi en cause un certain nombre d'habitudes : valoriser une personne par rapport à une autre "Regardes ton frère, il la range, lui, sa chambre"...difficile d'être solidaire et rival à la fois. Il est nécessaire aussi d'éviter les décisions à la majorité car comment coopérer si ce qui a été choisi n'est pas notre décision. Ce sont quelques pistes pour passer du jeu aux pratiques coopératives.

Attention mirage !
Les jeux coopératifs sont extraordinaires car ils permettent de découvrir la relation (gagnant-gagnant) et de l'expérimenter pour voir les résultats positif sur les relations dans le groupe. Mais attention au mirage, dans la famille, dans les groupes, on se satisfait souvent d'un semblant de coopération, comme pour le jeu du corsaire. Quand les difficultés arrivent, on réalise que ce n'est pas du solide ! Ce n'est pas le jeu coopératif qui va créer la coopération. Il y contribue, c'est un outil : il renforce des pratiques déjà existantes.


Brigitte Cassette
Animatrice et formatrice à Altern'Educ

Article paru dans Non-Violence Actualité, Juillet-Août 2001, n. 257, p. 3-4.

 

 
 
         
 

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